BRANDT (W.)


BRANDT (W.)
BRANDT (W.)

BRANDT WILLY (1913-1992)

Enfant naturel, né à Lübeck le 18 décembre 1913, Willy Brandt s’appelle en réalité Herbert Frahm, sa mère étant vendeuse et son père putatif comptable. Il est très marqué par son grand-père, un militant socialiste, ancien valet de ferme, et par l’avocat Julius Leber, alsacien d’origine, député de Lübeck, exécuté sous le IIIe Reich pour son opposition à Hitler. Grâce à de bons résultats scolaires, Herbert Frahm obtient une bourse qui lui permet d’entrer au lycée et de passer le baccalauréat; journaliste dans l’âme, il écrit déjà des articles. Membre du Parti social-démocrate (Sozialdemokratische Partei Deutschlands, S.P.D.) depuis 1930, mais très vite contestataire, il fonde une organisation dissidente appelée Parti socialiste des travailleurs (Sozialistische Arbeiterpartei, S.A.P.), qui s’oppose ouvertement aux nazis. Pour échapper à la Gestapo qui menace de l’exécuter, il part en exil le 1er avril 1933, pour le Danemark puis la Norvège. Il se donne un pseudonyme qu’il ne quittera plus: Willy Brandt. Étudiant puis journaliste en Norvège, il s’intègre très rapidement à son nouveau milieu grâce à ses contacts avec les sociaux-démocrates norvégiens. Il parcourt l’Europe, il «couvre» la guerre d’Espagne du côté des républicains, il assume des missions clandestines délicates au nom du S.A.P. et du S.P.D. Quand les troupes allemandes envahissent la Norvège en avril 1940, Willy Brandt, déchu de sa nationalité allemande et encore apatride (il obtiendra par la suite la nationalité norvégienne), choisit un second exil, Stockholm et la Suède, pays neutre où il va rencontrer de nombreuses personnalités de la gauche européenne qui joueront un rôle de premier plan après 1945 dans leurs pays respectifs.

Après l’effondrement du IIIe Reich, il est envoyé comme journaliste au Tribunal militaire international de Nuremberg et devient attaché de presse à la mission norvégienne à Berlin. En 1946, il refuse le poste de maire de Lübeck. En 1947, il retrouve la nationalité allemande et décide de s’engager dans la politique de son pays natal. En 1948, le S.P.D. le charge d’assumer à Berlin la liaison avec les Alliés. Dès 1949, il représente l’ancienne capitale au Bundestag, à Bonn, comme député fédéral et entre également à la Chambre des députés de Berlin-Ouest en 1950. Malgré les luttes entre les différents courants du S.P.D. berlinois, qu’il préside de 1958 à 1962, il sera successivement président de la Chambre des députés (1955-1957) et maire-régnant de Berlin-Ouest (1957-1966). Les menaces soviétiques contre Berlin-Ouest et la construction du Mur de Berlin, à partir du 13 août 1961, font de Willy Brandt une personnalité mondialement connue.

Converti à la social-démocratie de type scandinave, il contribue à la rénovation idéologique du S.P.D. qui se donne un nouveau programme lors du congrès de Bad Godesberg en 1959 (abandon du marxisme-léninisme). Candidat à la chancellerie en 1961 et en 1965, il annonce qu’il ne briguera plus la direction du gouvernement fédéral. La crise de la coalition entre chrétiens-démocrates et libéraux débouche sur la mise en place d’une grande coalition des chrétiens-démocrates avec le S.P.D., Willy Brandt étant ministre des Affaires étrangères (1966-1969). Chancelier du gouvernement S.P.D. avec les libéraux (1969-1974), il veut «oser plus de démocratie» et réformer la société allemande. Il signe de nombreux accords avec la R.D.A. et les pays de l’Est.

Venu le 7 décembre 1970 à Varsovie pour signer le traité qui reconnaît que sont polonais les anciens territoires allemands à l’est de la ligne Oder-Neisse, il va s’incliner devant le monument commémorant le martyre du ghetto. Il avance seul et, soudain, se met à genoux. Solennelle condamnation de l’antisémitisme hitlérien et signe que l’Allemagne d’aujourd’hui n’oublie pas les crimes commis au nom de celle d’hier, ce geste a une autre signification, moins apparente: le chancelier prend en charge un passé auquel il n’a pas eu part. L’émigrant de 1933 montre sa solidarité avec le peuple dont il n’a partagé ni les terribles triomphes ni l’effroyable écrasement.

En 1971, il reçoit le prix Nobel de la paix et connaît un véritable triomphe électoral. Trahi par un de ses collaborateurs directs (l’espion Günther Guillaume au service de la R.D.A.) et déstabilisé par la crise économique due au premier choc pétrolier, il démissionne au début de mai 1974, mais il reste une des figures de proue de la politique allemande, car il conserve la présidence du S.P.D. jusqu’en 1987 et ne cesse d’intervenir dans les grands problèmes internationaux de notre temps, comme président de l’Internationale socialiste (1976-1992) et président de la commission Nord-Sud. En 1989-1990, il est au sein du S.P.D. un des plus ardents partisans de l’unité allemande.

Il a épousé successivement deux Norvégiennes et une Allemande, Brigitte Seebacher: il a eu quatre enfants.

Sans renoncer à son identité allemande, Willy Brandt a su être un Européen engagé, un militant de la paix et un véritable citoyen du monde. Il a grandement contribué à réconcilier les Allemands avec leur histoire et à accroître le prestige international de l’Allemagne.

Encyclopédie Universelle. 2012.